"36.15 MA VIE" – Les débuts de La Petite Mongolie

Introduction

Il y a des lieux qui naissent d’un rêve, d’un appel, d’une vision. La Petite Mongolie en fait partie.

Avant qu’il y ait des yourtes, des cercles, des feux ou des rubans au vent, il y avait la terre en friche, les premières idées, l’élan d’un pas vers l’inconnu.

À l’occasion de ses six ans et de mes quarante ans, j’ai eu envie de vous partager cette série d’épisodes pour vous conter la naissance de ce lieu. Pour vous faire traverser avec moi les premières pierres posées, les premiers arbres plantés, et les premiers pas vers ce rêve devenu concret.

Cette série raconte ces débuts, ces moments où chaque pierre, chaque arbre, chaque souffle a été écouté, honoré et intégré. Les doutes, les peurs, les mains tendues par des amis, la famille, la concrétisation d’un rêve — tout cela se mêle et prend forme ici, sous vos yeux.

Je vous invite à traverser avec moi ces premières étapes, à découvrir la naissance du lieu, la montée des yourtes, les premiers aménagements, et la magie de voir un rêve prendre vie, pas à pas.

Bienvenue dans « Les débuts de La Petite Mongolie ».
Un voyage dans le concret, le sensible et le sacré.

Épisode 1 : La quête du lieu

Janvier 2019.

J’habite encore à Mâcon, dans un appartement qui ne me ressemble plus.
Cela fait trois ans que j’exerce, que je transmets, que j’accompagne… toujours en lien avec la Mongolie. Mais à ce moment-là, quelque chose gronde à l’intérieur. L’appel du projet, du rêve, se fait de plus en plus fort.

Je sais juste une chose : je veux partir vivre autrement.
Alors, je mets mon activité entre parenthèses et je me mets à chercher. À scroller des heures sur Le Bon Coin.

Au départ, je voulais simplement acheter un terrain pour y installer une yourte.
Puis, au fil des mois et des visites, mes critères s’affinent : une petite maison, un gîte, un bout de nature, un lieu vivant.

Je parcours la Savoie, la Haute-Savoie, la Creuse, l’Auvergne… Je roule des heures, me perds, dors parfois dans ma voiture, et souvent, je ne trouve pas le lieu qu’on m’avait indiqué.
Mais je sens que quelque chose se prépare, que l’entonnoir se resserre.

Puis arrive l’été 2019.
Je pars deux mois en Mongolie pour continuer à apprendre, à me former. Là-bas, une chamane me regarde droit dans les yeux et me dit :

“Arrête de chercher. Tu me donnes mal à la tête. Ton lieu, il t’attend quelque part. C’est une volonté de ta lignée, de tes Ancêtres. Tu le trouveras quand tu rentreras en France. Patience.”

Alors j’ai arrêté. J’ai lâché. Coupé les notifications, fermé Le Bon Coin, et arrêté de vouloir forcer les choses.

Quelques jours, quelques semaines après mon retour, je me dis : “Bon, ça ne va quand même pas tomber du ciel…”
Et là… bim. Une annonce.

Une petite maison bourguignonne, avec du terrain, à Rigny sur Arroux, commune inconnue au bataillon…
Je clique. J’appelle. Je prends rendez-vous…

Épisode 2 : La rencontre

Je prends la route pour cette commune mystérieuse : Rigny sur Arroux.
En arrivant en haut du chemin, je vois la vue, les arbres, la rivière en contrebas… Et là, gros coup de cœur. Le lieu me parle immédiatement.

La petite maisonnette a ce charme bourguignon que j’aime : pierres apparentes, tomettes, poutres, lumière, combles…
Je me dis : “C’est ici.”

La propriétaire vit en Angleterre. Ce sont des amis à elle, un couple d’Anglais installés dans la région, qui me font visiter.

Je leur explique mon projet : yourtes, lien à la Mongolie, lieu d’accueil, de transformation, de respiration.

Je leur précise mon inquiétude sur le vis-à-vis entre le gîte, le terrain et la maison de la propriétaire.
Quelques minutes plus tard, ils reviennent avec un sourire jusqu’aux oreilles :
“Elle a eu le coup de cœur. Elle veut tout vous vendre : le gîte, sa maison, et tout le terrain.”
Je visite la maison principale, et là… je flashe. Je tremble, j’ai les larmes aux yeux. Tout en moi sait que c’est là. C’est ici que le rêve doit prendre corps.

Sauf qu’à ce moment-là, j’ai zéro budget. Rien.
Et je me rappelle très bien qu’en 2018, ma conseillère bancaire m’avait dit :
“Vivre dans une yourte ? Vous êtes sûr ? Avec votre statut d’auto-entrepreneur, jamais vous n’aurez un prêt.”
Alors forcément, quand je tombe amoureux du lieu, je ris. Rationnellement, tout dit non. Intérieurement, tout crie oui.

C’était un samedi. En partant, je dis au couple d’Anglais :
“Attendez-moi. Lundi, je reviens.”
Et je rentre chez moi avec cette certitude étrange et un peu folle : le lieu venait de me trouver.

Épisode 3 : La surprise inattendue

En rentrant chez moi, je raconte tout à mes proches.
Et la question tombe :
“Et t’as regardé la toiture, l’électricité, la menuiserie ?”
Je me marre : “Aucune idée. Mais la vue est canon.”

Honnêtement, la technique, je m’en fichais complètement. Ce qui comptait, c’était le lieu, la vibration, le potentiel. C’était viscéral.

Lundi matin, retour sur le lieu pour la contre-visite.
Les Anglais m’annoncent qu’il y a eu une vingtaine de visites sur le week-end… Cinq offres pour tout acheter. Gros coup de stress.

Puis ils ajoutent :
“La propriétaire a eu un vrai coup de cœur pour vous, pour votre projet. Elle ne se décidera pas avant d’avoir votre retour.”
Tout s’accélère. Je me positionne et dis, sûr de moi :
« Je prends tout ! »
Retour à Mâcon. Deux jours et deux nuits à monter le projet : prévisionnel, budget, étude de marché, taux d’occupation, tarifs moyens, comparatifs… Je deviens un expert du tourisme en Charollais en 48 heures.

Mercredi matin, je me pointe à la banque, dossier sous le bras.
La même conseillère, celle qui m’avait dit “jamais de prêt”, me regarde. Je lui présente le projet. Elle feuillette, lève les yeux et dit simplement :
“Je vais voir ce que je peux faire.”
Vendredi, son appel :
“Monsieur Conti, vous allez pouvoir signer votre compromis. La banque vous suit.”
Je raccroche, prends une grande respiration, et regarde par la fenêtre. Tout était encore flou, incertain… mais le rêve prenait racine.

Épisode 4 : La signature

26 novembre 2019.
Jour J. La signature. Tout devient officiel. Le rêve se concrétise.

Je rencontre la propriétaire anglaise et ses amis locaux. Nous partageons un déjeuner chaleureux, rions, échangeons sur le projet, sur le lieu, sur la Mongolie, sur la vie.
Tout est fluide, naturel, presque évident.

Je signe les papiers.
La propriétaire me tend les clés.
Tout s’est déroulé comme si l’univers avait ouvert la voie.

Le soir venu, avec mon sac de couchage, ma gamelle et mon casse-croûte, je décide de vivre ma première nuit dans mon véritable chez-moi.
Je franchis la porte, je ferme derrière moi… et là, la réalité me rattrape.

Je commence à inspecter plus en détail :
– l’électricité un peu bricolée
– le placo qui bouge
– des fuites ici et là

L’adrénaline monte.
L’excitation redescend.
Je prends soudain la mesure de ce que j’ai entrepris.

Les questions surgissent :
“Mais je ne suis pas un peu mégalo ?”
“Ai-je prévu trop grand ?”
“Qui suis-je, moi, pour créer une Petite Mongolie ici, en Bourgogne ?”
Deux maisons anciennes à restaurer, plus d’un hectare de terrain, des yourtes à installer… avec mes deux petits bras.

Je m’effondre. Je pleure. Grosse crise d’angoisse.
Je viens de m’endetter sur 25 ans. Tout paraît immense.

Alors je m’arrête.
Je respire.
Je prie.

Je m’adresse aux esprits, aux guides, au divin :
“Ok. Vous avez ouvert les vannes. Vous avez fait en sorte que je sois ici, gardien et propriétaire de ce lieu. Maintenant que je suis là, je compte sur vous. Vous gérez en haut, pour que ce soit fluide. Moi, je m’occupe du bas, de l’intendance, de la concrétisation. Mais ne me laissez pas tomber, hein.”
Je repense au chemin parcouru : janvier 2019 à Mâcon, les recherches, la Mongolie, la visite, le coup de cœur, la validation bancaire.
Tous ces signes, tous ces “oui”.

Et je comprends : je suis exactement à ma place.
L’aventure peut commencer.

Épisode 5 : La friche et la mini-pelle

Décembre 2019.
Le terrain venait tout juste d’être acheté.
Un champ en friche, envahi de ronces, de pierres, de racines… et de silence.

Rien n’était encore là, sinon l’intuition. Le rêve.

Il fallait tout faire : dégager, préparer, niveler, tracer.
Alors, avec mon frère, ma famille, et une petite mini-pelle, on s’est mis à l’ouvrage.

Des journées entières dans le froid, à bouger la terre, à donner forme à ce qui n’était encore qu’une vision.

Sous chaque pelletée, il y avait un peu de moi.
Sous chaque motte retournée, une intention, une prière silencieuse :
que le lieu m’accueille, qu’il m’enseigne.

On ne creusait pas seulement un sol.
On ouvrait un espace.
On préparait le lit du rêve.

Je me souviens de la fatigue, du vent glacial, de la boue collée aux bottes.
Et du soir tombant, de la lumière rasante sur la terre fraîchement retournée.

Rien n’était encore construit, mais tout était déjà à sa place.
Ce jour-là, La Petite Mongolie a commencé à respirer.

Épisode 6 : Grand-Mère Yourte

Juin 2020.
Six mois après la terre retournée, la première yourte est arrivée.
Je l’appelais déjà Grand-Mère Yourte avant même qu’elle soit debout.

Le matin du montage, il y avait ce mélange d’excitation et d’appréhension.
Le ciel était clair. Les amis rassemblés.
Des regards d’enfants émerveillés devant le bois, le feutre, les cordes, les couleurs.

Même si j’avais déjà monté des yourtes en Mongolie, celle-ci avait une autre saveur.
C’était la mienne.
Celle du rêve incarné.

Le montage s’est fait lentement, presque en silence.
Chaque geste se posait avec respect.

Quand la couronne a été hissée, j’ai senti un souffle.
Ancien. Doux. Puissant.

Le soir, la lumière du poêle dansant sur les murs, j’ai su :
quelque chose d’irréversible venait de naître.

Grand-Mère Yourte veille depuis ce jour.
Importée de Mongolie, montée dans la tradition nomade, son plancher a été façonné par mon ami, arbre choisi, coupé et travaillé avec conscience.

Épisode 7 : La chambre mongole

Après la première yourte est né le désir d’offrir un autre refuge.
Un lieu où toucher la Mongolie sans renoncer au confort d’une maison.

Sous les combles du gîte, la Chambre Mongole s’est installée comme un secret.
Tissus chinés, bois chaud, tapis venus d’ailleurs.

Ce n’est pas une reproduction.
C’est une rencontre.

On y dort comme dans un souvenir.
On s’y réveille avec la certitude que deux mondes peuvent cohabiter.

Épisode 8 : La yourte arc-en-ciel

Septembre 2021.
Un espace manquait encore :
un lieu dédié à la pratique, aux cercles, à la transformation.

Il fallait séparer le quotidien du sacré.
Alors la Yourte Arc-en-Ciel est née.

Lumineuse. Vivante. Vibrante.

Le jour du montage, le vent s’est levé.
Comme une bénédiction.

Depuis, elle accueille cercles, constellations, rires, larmes et guérisons.
Elle est devenue le cœur battant du lieu.

Épisode 9 : Le panier de cerises

Mai 2022.
La Yourte Panier de Cerises est née d’une renaissance.
Rachetée en mauvais état, entièrement rénovée, repeinte, réhabillée.

Rouge et jaune.
Yourte du repos, du cocooning, du ressourcement.

Celle où l’on dort profondément.
Celle où les rêves prennent leur temps.

Épisode 10 : L’espace sacré

Au cœur du lieu, un espace s’est imposé de lui-même.
Là, j’ai érigé l’Ovoo, arbre surmonté de hadak multicolores.

Chaque ruban est une prière.
Chaque pierre, un remerciement.

Ici, le sacré n’est pas inventé.
Il est reconnu.

Épisode 11 : Là où tout prend sens

Six ans ont passé.
Six ans de rires, de doutes, de cercles et de tempêtes.

L’hiver dernier, tout a failli s’arrêter.
Et puis il y a eu vous.

Grâce à vous, La Petite Mongolie s’est relevée.
Et moi avec elle.

Aujourd’hui, je regarde ce lieu avec gratitude.
Il respire. Il vibre. Il vit.

Ce rêve est le mien.
Mais il vit grâce à nous.